Entre 1990 et 2000 de violentes émeutes ont éclatées à Amiens faisant plusieurs morts forces de l'ordre ou jeunes de banlieue.
Bras de fer dans la rue
En 1991, en effet, ça a « bougé dans le quartier ». Eclatent alors à Amiens-Nord, en mars, puis en novembre, les premières « émeutes » : « près de cent cinquante jeunes », « foulards sur le nez », ont « installé des barrages, interdisant tout accès aux quartiers », avec à la clé « voitures incendiées, vitrines brisées, magasins pillés » (FR3, 13/11/91). Jusqu'en centre-ville, des cailloux, des barres de fer, des pavés volent, des enseignes sont brisées, au cours d'affrontements avec la police qui durent toute une soirée.
Quelle est la cause de cette « mini-révolution » ? Un rendez-vous refusé par le Préfet pour « constater sur place les problèmes de leur communauté » ? Une injustice policière avec l'arrestation de deux maghrébins pour « coups et blessures » ? Les pères « arnaqués » pour leurs maisons à la Briqueterie ? Ces prétextes sont proclamés haut et fort. Derrière tout ça, plus banalement, ce sont des postes à la Ville qui se négocient.
Violents affrontements dans les quartiers nord d'Amiens
Dans une immense cité de la Somme en proie au chômage, des incidents opposants des groupes de jeunes à des CRS ont émaillé le week-end et se poursuivaient hier. A l'origine du climat de tension : la libération de quatre prévenus accusés d'avoir participé à un meurtre raciste.
De nouveaux incidents ont éclaté en fin de matinée, hier lundi, dans les quartiers nord d'Amiens (Somme). Des inspecteurs en civil ont été malmenés par des jeunes avant d'être secourus par des CRS. C'est dans ce secteur que de vifs incidents avaient commencé d'opposer ce week-end jeunes et CRS.
La tension est alors montée d'un cran. Elle était à fleur de peau dans ce quartier de 35.000 habitants devenu un ghetto social cumulant une forte population d'immigrés, un taux de chômage estimé à trois actifs sur quatre et un fort sentiment d'injustice.
Le représentant du gouvernement dénie formellement d'autre part que les CRS soient intervenus à l'occasion de la fête nocturne organisée par les jeunes. « Aucune intervention de ce genre n'a eu lieu », assure-t-il. Dans un premier temps, les policiers déclaraient pourtant avoir été victimes d'un « guet-apens » à l'occasion de leur intervention. Ni le préfet ni les policiers ne font, non plus, allusion à la présence depuis le 4 novembre, d'une demi-compagnie de CRS dans ce quartier qualifié de « chaud ». Elle y exerce de nombreux contrôles, dénoncés par les jeunes comme des contrôles au faciès.
De très sérieux accrochages avec les policiers ont eu lieu tout ce week-end, principalement autour du centre commercial Colvert. Les locaux de la police municipale en ont fait les frais. Selon un bilan officiel, on déplore 16 blessés légers, dont plusieurs atteints par des armes à feu. Le responsable de la police municipale d'Amiens a été hospitalisé après avoir été atteint par des plombs de chevrotine au thorax. Le maire de la ville, Gilles de Robien, tentait vainement d'organiser une réunion : aucun jeune ne s'est déplacé. Six voitures ont été incendiées. Dans l'une d'elle se trouvait, selon la préfecture, un fusil de chasse ayant servi à tirer sur des policiers. « L'auteur du vol, indique le communiqué de la préfecture, a été interpellé et se trouve actuellement en garde à vue. » Il s'agirait de la seule arrestation opérée.
Les policiers estiment que 200 personnes de la cité auraient participé aux événements en bloquant l'accès du quartier. Des groupes de 6 à 10 jeunes, avec des engins divers et des cocktails Molotov menant des opérations rapides contre les CRS, dont une compagnie de 80 hommes appelée en renfort. Des journalistes travaillant pour des journaux et des stations régionales ont été pris à partie. Deux de leurs voitures ont été endommagées à coups de barre de fer.
Bauer et Raufer font même page vingt-cinq la liste des dix-neuf quartiers à éviter, du Val-Fourré à Mantes au Mirail à Toulouse en passant par la ZUP Nord d'Amiens
dans les ZUP d'Amiens, il ya des logements vides. Pour. une raison simple : c'est que même les plus pauvres ne. veulent plus y habiter. ...
En France, dans la cité d'Amiens-Nord, l'explosion de colère de la jeunesse en novembre 1994, au
cours de laquelle le chef des CRS a reçu une décharge de chevrotine en plein thorax (!), a convaincu les autorités d'opter pour la police de proximité, la version locale de la police communautaire. Comme le raconte un envoyé spécial du journal Le Monde: «Peu à peu, l'ordre et le calme sont revenus. La police municipale s'est installée au milieu de la cité. En collaboration avec les travailleurs sociaux, elle s'est lancée dans la reconquête des esprits. À pied. Et sans armes, à la différence des “collègues” de la police nationale.»(Le Monde 20 janvier 1998)
Les médias
Ils ont souvent le tort de parler de ce qu'ils ne connaissent pas. Les journaux télévisés en particulier. Quand quelque chose se passe dans un quartier, on vient vite avec une caméra, accompagné de policiers, on tourne trois images et on s'en va. (voyez la séquence des images d'émeutes à Amiens, comme les journalistes partent en courant avec la police). Et puis on dit des âneries et on passe à autre chose. De ce fait, ces quartiers sont frappés d'ostracisme, les gens ont peur des jeunes, des arabes, etc. Je ne vous parle pas des émissions de type « le droit de savoir » qui sont souvent filmées directement par la police et dont le but est clairement d'effrayer le spectateur.
Bilan
Des centaines de voitures brulées et des dizaines de blessés, les émeutes ont durées plusieurs mois.